| Étienne a mis fin aux contractions de sa mère le 6 octobre 1977.
À Sainte Adèle, où il passera son enfance et son adolescence, Etienne découvre très tôt les odeurs, les propriétés et les possibilités de l’encre. Son père, espagnol de naissance, imprimeur de métier, possédait une imprimerie située dans le vallon d’une des montagnes qui caractérisent si bien les Laurentides; de cet endroit Etienne gardera un souvenir ineffaçable tel l’encre immortel. Sa mère une enseignante qui peint à ses heures (lorsque ses élèves lui donnent un répit), a également influencé ce « vomisseur d’émotions » qui ne prétend pas être un Artiste mais simplement un peintre qui assume pleinement cette maladie incurable. Dans les années qui suivront, au cours de ses nombreuses expériences, Etienne saura faire la symbiose entre l’encre et l’art. Si ses parents ont eu une influence non négligeable, c’est cependant son parcours et ses rencontres qui l’ont poussé à prendre pinceau pour épée.
Etienne, guidé par sa grande curiosité, quitte la campagne pour continuer son chemin. Il part avec ses légères économies et son lourd sac à dos pour le continent européen. Ce sera une occasion pour lui de s'apprivoiser et d'apprivoiser des gens de cultures différentes. Durant cette période passée en sol étranger, Etienne en profite pour visiter les contrées d’ailleurs. Il s'est, entre autre, arrêté quelques semaines dans une région de la France pour vendanger ce raisin tant apprécié par les amateurs de vin; il aura fêté ses vingt dans le vin. Il revient plein de péripéties, et surtout avec une ouverture d'esprit et un sens critique renouvelés. Le bohémien est de retour le baluchon rempli de visages familiers de franchise plutôt que de prestigieuses images du Louvre. À son retour, toujours les yeux ouverts sur la vie, Etienne voyage sur les bancs d’école; il étudiera pendant trois sessions l’enseignement de l’art à l’Université du Québec à Montréal. Ce séjour lui permettra d’ajouter des couleurs à sa palette et des yeux à son regard. Par contre, le 4 janvier 2001 on lui remet une bourse de 8$, juste assez pour payer l’enveloppe et le timbre qui serviront à renvoyer la modique somme. Pour ajouter au ridicule bureaucratique, lorsque six mois plus tard il planifie retourner aux études, on lui annonce qu’il ne fait plus partie du système. Honnêtement, j’ai toujours su qu’Etienne ne faisait partie d’aucun système, la destiné ne l’a que confirmée. Avec du recul, Etienne voit cette mésaventure comme un détour nécessaire pour arriver là où il n’y a rien, ni commencement ni fin, lorsqu’il se retrouve tout seul devant la blancheur et la candeur d’une toile. À partir de cet instant, de la personne autonome qu’il a toujours été, il passe au peintre autodidacte. Non pas qu’il ne soit pas influencé par les Kahlo, Picasso, Basquiat, Miro, Riopelle, Vaillancourt et bien sur, Van Gogh (pour qui il témoigne un respect incommensurable), mais Etienne préserve sa propre signature qui n’est comparable qu’à la sienne. Si certain rêve d’étoiles, Etienne lui rêve de toiles; faute de budget, il peint sur ce qui lui tombe entre les mains : poster, bambou, papier acétate, métal, bois, et à l’occasion sur une toile vierge; autrement, il utilisera le verso d’un tableau déjà coloré. Si il le pouvait, il peindrait le vide; qu’il soit célibataire, amoureux, qu’il soit mal pris, le ventre creux Etienne peint sa vie. Pour lui, il est possible de personnaliser les choses avec un rien et à ce sujet il ajouterait : « il y a milles possibilités quand tu y crois vraiment! » Le moindre qu’on puisse dire lorsqu’on décrit le travail d’Etienne c’est que le contraste fait partie intégrante du jeune héritage artistique qu’il nous lègue déjà. D’abord les sujets sont certainement contrastants; de Che Guevara qui personnifie la souffrance, le courage et le martyr,
aux femmes nues qui symbolisent l’érotisme et la sensualité, en passant par l’universalité de Jésus Christ; ce qui est certain c’est qu’Etienne peint la sensibilité. Une sensibilité parachevée de |